Ces entreprises qui transforment les espaces de travail
À l’occasion de l’ouverture de l’exceptionnel Morning Concorde revenons sur ces entreprises qui bousculent le monde des bureaux, et sur les mutations des habitudes de travail accélérées par la crise sanitaire.
Les défis auxquels il faut répondre
Avec les confinements les habitudes de travail ont été complètement chamboulées. Fini les heures de trajet pour aller bosser, terminé les salles de réunion, bonjour temps personnel et joies des zoom en pyjama. Avec le retour à la normale les entreprises repensent leur mode de fonctionnement au bureau. Pour la plupart un modèle hybride semble se dessiner avec 2 ou 3 jours de télétravail dans la semaine. Ce fonctionnement permet des économies substantielles pour les entreprises sur le dimensionnement des locaux. Les employés sont moins fatigués par les transports, et leurs journées plus productives en concentrant les réunions importantes sur le jour de présence obligatoire de l’équipe.
Les coworkings, stars des nouveaux espaces de travail
Les early adopters de ces espaces de travail repensés étaient d’abord des start up et des freelance en quête de bureaux abordables, humains et flexibles. Les coworkings et les tiers-lieux se sont développés exponentiellement ces dernières années, grâce à des projets de réhabilitation immobilière ou des entreprises comme Morning, Wework et Wojo.
Les bureaux classiques comme les open space sans âme ne sont plus au goût du jour. L’esprit des bureaux type Silicon Valley ou startup autrefois critiqué pour son manque de sérieux est de plus en plus adopté par les grandes entreprises. La convivialité est mise en avant, de même que les espaces de détente afin de favoriser les liens entre employés. Certaines branches d’EDF ont fait redessiner leurs espaces de travail par Morning par exemple. Le nouveau siège de Pernod Ricard près de la gare Saint-Lazard s’inscrit dans cette mouvance. The Island a été créé par Ferrier Marchetti Studio et regroupe les bureaux, la fondation d’art et abritera prochainement un magasin Vins & Spiritueux innovant sur l’expérience client (j’ai hâte !). Bref, un lieu qui représente l’ADN du groupe. L’aménagement réalisé par Saguez & Partners, est voulu sobre, chic, moderne et adapté aux nouveaux usages pour favoriser la collaboration et les synergies entre départements. Le flex office (fait de ne pas avoir de bureau attitré) est de mise, permettant aux collaborateurs de travailler chaque jour de présence à un endroit adapté à son besoin ponctuel : ambiance créative/brainstorming ou session de travail en concentration seul. Et bien sûr, The Island regroupe tous les services attendus dans des bureaux repensés pour le XXIème siècle : conciergerie, salle de sport, salle de jeux et salle de repos, et même un travel lounge avec douche pour les voyageurs en correspondance à Saint Lazard.
Ce regroupement de tous les salariés auparavant dispersés sur 7 sites en région parisienne fait penser aux récentes constructions de Danone (Convergence) et Nestlé (Shift) qui ont eux aussi investit des sièges plus grands et pensés pour le futur du travail respectivement à Rueil- Malmaison et Issy-les-Moulineaux.
Proposer des bureaux en flex office c’est bien, mais lorsqu’une entreprise veut ses propres bureaux (même s’ils sont au sein d’un bâtiment de coworking afin de profiter des services) la personnalité du lieu prend son importance. Deskeo s’est spécialisé dans l’aménagement de bureaux personnalisés, afin de coller au mieux à la culture et aux besoins de chaque entreprise. Ils vendent à la fois l’effet « wahou » d’un design moderne pour les employés ou les clients, mais aussi l’effort de design sur mesure après étude de la façon de fonctionne de l’entreprise. Dans les dixaines de start-up qui ont déjà emménagé dans des bureaux ré-imaginés par Deskeo on peut citer Frichti, Openclassrooms ou Payfit.
Quitter Paris
L’un des avantages du télétravail pour les employés comme les entreprises est de pouvoir s’installer loin de Paris. Le monde des start-up du numériques semble s’intéresser de près à Nantes, où se sont récemment installé des équipes de Doctolib ou d’Amazon Web Services. Le lieu prisé ? Le Palace. Un tiers lieu pensé pour ces entrepreneurs en quête d’innovation et qui veulent profiter du bouillon de cultures et d’idées généré par la proximité avec d’autres entreprises.
Le Palace se présente d’ailleurs comme une plateforme d’innovation et organise de multiples événements s’appuyant sur les résidents ou des partenaires invités. Des conférences TEDx sont aussi tournées sur place. À côté de stars comme Veepee ou d’étoiles montantes comme l’assurance-santé en ligne Alan, Le Palace accueille des startup early stage gratuitement pour 6 mois dans sa Piscine, avec un accompagnement personnalisé pour pousser le plus efficacement possible. À Bordeaux ce sont Betclic, Deezer, ManoMano, Back Market ou la licorne Mirkl qui se sont implantés, à la recherche de profils très particuliers (spécialisés en intelligence artificielle par exemple) car la concurrence pour le recrutement y est moins rude qu’à Paris. Bref, des pôles ouvrent dans les moyennes et grandes villes et permettent de gagner en confort de vie tout en modérant son loyer par rapport à la région parisienne - même s’il faudra certainement monter au siège de temps en temps.
Au plus proche des collaborateurs
Pour proposer à leurs employés la meilleure expérience de travail à distance possible, les entreprises peuvent par exemple nouer des partenariats avec des spécialistes du coworking (et peut-être avec des indépendants locaux grâce au chèque bureau ?). Ainsi les travailleurs peuvent se rendre dans l’espace le plus proche de chez eux ou accéder à un bureau lors d’un déplacement professionnel.
Le modèle de Wojo est également intéressant. L’entreprise propose bien des Wojo Corners qui sont l’équivalent des coworking Morning, c’est-à-dire pour lesquels il faut payer sa place en flex office à la journée ou au mois, avec la possibilité d’avoir des bureaux privés au sein de l’espace. Mais la filiale du groupe Accor profite également de ses milliers d’hôtels à travers le monde pour proposer des Wojo spots, accessibles gratuitement pour les abonnés Wojo Corner ou pour la somme de 10€/mois à condition de prendre une consommation sur place. Un partenariat exclusif avec la SNCF assure également le développement de Spots directement dans les gares.
Proposer des espaces de travail adaptés et au plus proche des lieux d’habitation des employés c’est le défi de demain, de plus en plus de municipalités valorisent leurs actifs fonciers dormant en les transformant en coworking/cafés ou en favorisant l’implantation d’acteurs privés voulant lancer une activité coworking. Pour les petites communes avoir une place de libre dans son espace coworking deviendra peut-être un argument de choix pour les français souhaitant se rapprocher de la campagne avec le développement du télé-travail. Espérons seulement que cela ne devienne pas aussi difficile d’obtenir une bureau en coworking que de trouver une place en crèche !
Le chèque bureau pour financer les espaces de Coworking
Si les avantages du télétravail sont indéniables, notamment pour le confort de vie des salariés, il faut convenir des inégalités que peut générer le nouveau modèle de travail voudrait se pérenniser. D’abord pour télé-travailler dans de bonnes conditions il faut s’équiper (siège confortable, écran d’ordinateur...) et espérer avoir une connexion internet fiable. Ensuite, avoir un espace dédié à son travail chez soi (afin de pouvoir séparer vie professionnelle et vie privée) est important mais pas forcément accessible à toutes les bourses. Avoir des enfants en bas âge, quelqu’un d’autre télé-travaillant dans le foyer ou des voisins réalisant des travaux bruyants peut transformer l’expérience en un calvaire.
L’enjeux pour les entreprises est donc de garantir que le télé-travail puisse se faire dans de bonnes conditions. Certaines entreprises ont proposé des budgets à leurs salariés pendant la crise sanitaire afin qu’ils puissent acheter du matériel de bureau ou informatique. Cependant si ces éparses solutions sont louables elles manquent d’universalité et étaient principalement des mesures d’urgence. Afin de créer un cadre confortable de télé-travail le mieux serait de proposer aux employés le chèque télétravail, qui consisterait comme pour les titres restaurant, à un co-financement du télétravail par l’entreprise et l’employé. De nombreuses personnalités ont déjà signé une tribune pour demander au gouvernement d’étudier ce fonctionnement. Benoit Hamon, Sébastien Bazin (Accor) et Myriam El Khomri entre autres plaident pour un “monde d’après” qui permette de “redynamiser aussi le tissu économique des territoires (restauration, consommation, culture…) et moderniser les services publics”.
Sources :
Ouest France (article 1, article 2)
Les Echos (article 1, article 2)
https://www.office-et-culture.fr/architecture/concept/the-island-de-pernod-ricard